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DÉCIDÉMENT, l’homme trempe sa trompette dans les eaux les plus diverses… mais jamais dormantes. Regardez ses derniers tours de  piste en date, ces cinq dernières années, étrangement les premiers albums — enfin — sous son nom : d’abord un hommage à Bix Beiderbecke, trompette historique du jazz (pré)historique, fait de cœur et de cordes, campé dans le nouveau millénaire. Puis un Artero Brel, dépouillé de ses mots mais paré d’atours musicaux tellement parlants, une sorte de défi aux lois de… l’apesanteur. Et voilà que l’insaisissable trublion du jazz s’attaque à un sacré ouvrage, une relecture oblique, iconoclaste et dépouillée des cultes afro-américains :

Artero Vaudoo.

Hou là, qui s’y frotte s’y pique, on ne touche pas impunément aux divinités d’Afrique, au spirituel retors, à l’esprit du Malin. Sauf que Patrick Artero n’a ni inhibition ni complexes, juste un sens aigu du jazz… dont le vaudou est une des racines. Retour à l’envoyeur, donc, où sa trompette batifole tranquillement avec une sorte d’élégance désarmante.


Ce type (re)vient de loin. Ce qui pourrait expliquer bien des humeurs vagabondes. Né au Vietnam, grandi en Algérie, transbahuté au gré des affectations d’un père militaire, il apprivoise les piments des terres lointaines et ne découvre la métropole qu’à la pré-adolescence. Une trompette ? Le jazz ? Ce sera le style « New Orleans », il fait ses classes seventies chez les « potaches entertainers » des Haricots Rouges. Élève dissipé, on le serait à moins.

Détour décisif par la salsa, dont le temple parisien, « la Chapelle des Lombards », vient d’ouvrir, on est en 78. Il tombe sur Pierre Goldman, intello écorché en perpétuelle cavale, toqué de latino, qui l’embarque dans la cave des Halles. Artero souffle aux côtés d’Azuquita, puis de Chocolate Armenteros, Alfredo Rodriguez et Patato Valdes, il monte La Manigua avec une poignée de Latino-Parisiens (plus tard, il sera aussi pionnier de Mambomania). Splendeur de l’impro, au moins aussi libre que dans le jazz qu’il n’a pas pour autant délaissé. Il a la bougeotte et court le monde, l’Afrique, l’Amérique, l’Asie, les Antilles, joue avec Zouk Machine, Kassav’, Alpha Blondy, Touré Kunda comme avec Stan Getz, Joe Farrell, Claude Bolling, Martial Solal et autres pointures. Artero est bienheureusement inclassable.

Mais au fait, après quoi court Artero ?
Cette cavalcade en diagonale, si singulière, est une façon pour lui de toucher à ce jazz qu’il chérit sans reprendre les sempiternels sillons des jazzmen. Lui qui vient du jazz le plus trad’, s’échine à surfer sur un groove moderne, éclaté, où percent parfois le climat des Blue Note sixties. Artero Vaudoo, au contraire des deux projets précédents, est fait de compositions originales (dix sur onze), qui

quadrillent la ville meurtrie de New Orleans (voir les titres… que des lieux ou

objets du culte !), sans jamais tomber dans les clichés du « niou-niou ». Funk

néo-Orléanais (la vraie merveille musicale de la cité), be-bop musculeux,

fulgurances jazz ou embruns latinos mâtinés de ce mystérieux vaudou qui

vous attrape sans crier gare : et si c’était lui, Artero, le grigri porte-bonheur

de nos humeurs ?

Rémy Kolpa Kopoul, ConneXionneur Radio Nova Paris

Pour ce projet je voulais revenir sur mon

premier amour : la Nouvelle-Orléans.

Pas pour jouer du « jazz traditionnel », déclen-

cheur de ma passion pour le swing au sens large,

mais pour tenter de comprendre l’incroyable par-

ticularité de cette région du globe, berceau d’une

expression musicale populaire sans précédent.

Capitale des mélanges entre Europe et Afrique,

le lieu de naissance du « jass » semble indisso-

ciable du spirituel, du sacré, des croyances et

d’un syncrétisme religieux dont le Vaudou est

un culte fondateur.

Le langage créole, les rythmes ancestraux, ont

été longtemps le seul lien pouvant réunir les

esclaves loin de leur terre natale, séparés de

leur famille, de leurs tribus sur le sol de ce Nou-

veau Monde.

L’héritage africain resta, malgré les coups de

bâton, la musique avec ses rythmes, ses tam-

bours et une croyance animiste venue d’Afrique

de l’Ouest : le Vaudou.

Partout où l’homme africain fut déporté, ce culte

se répandit : au Brésil c’est le Candomblé, à Cuba

la Santeria, le Regla de Ocha. Il est aussi en Haïti

comme dans tout le Sud des états-unis.

Je n’ai pas voulu réaliser un album religieux,

non… j’ai eu simplement envie de vous proposer

un voyage.

C’est à la fois mon regard et un hommage à une

culture restée présente dans les quelques États

du Sud où sont arrivés les esclaves… La Louisiane,

la Floride, la Caroline, l’Alabama, l’Arkansas.

C’est pour cette raison que je souhaitais réaliser

ce projet avec la complicité de musiciens louisia-

nais et caribéens.

Je connaissais Don Vappie pour avoir fait

quelques tournées avec lui ainsi que le contre-

bassiste Mark Brooks rencontré au sein d’autres

orchestres de la Nouvelle-Orléans. Je savais

que Don jouait surtout du banjo (notamment

avec Wynton Marsalis en dehors de sa formation

« Les Creole Jazz Serenaders »), mais c’est en

l’écoutant jouer de la guitare qu’il m’est venu à

l’esprit qu’il était la personne la plus appropriée

pour ce projet musical. C’est lui qui a proposé le

batteur Troy Davis.

Pur produit de NOLA (New Orleans Louisiana),

Troy maîtrise toute la musique traditionnelle de

la « Crescent City » (second line), mais a su inté-

grer toutes les évolutions rythmiques que cette

ville a fait germer en un siècle, du funk beat aux

parades, en passant par le latin jazz et toutes

les musiques afro-cubaines. Je dois dire que la

complicité qui s’est créée entre lui et Arnold

Moueza fut un vrai régal. Avec Emmanuel Duprey

aux claviers, j’ai eu le bonheur d’avoir une ryth-

mique qui tournait « aux p’tits oignons »… Après…

y’avait plus qu’à !!!…

Pour que ce projet prenne forme, j’ai été sou-

tenu et encouragé par des personnes que je dois

saluer ici. Chacunes d’elles m’ont fait avancer

avec sérénité dans mon travail.

Merci Manu pour ta bienveillante collaboration

musicale.

Un grand merci bien sûr au « Jazz-Club Lionel

Hampton » et en particulier Emmanuel Caux

et Jean-Luc Cousty, sans oublier Jean-Pierre

Vignola.

Stéphane Roger, Frank Jaccard, Jean-Pierre

Rebillard, Nicolas Peslier, Jeff Boudreaux, Syl-

vain Romano, Jimy Drouillard, pour leur profes-

sionnalisme et leur patience.

Bintou Simporé et Philip Nikwé Lawson pour

leurs documentations.

Le « Baiser Salé » et particulièrement Maria

Rodriguez pour son aide.

Philippe Chagne, Dominique Rieux, Norbert Ver-

gonjanne, Georges Dersy, Frank Arnoult ainsi

que Claude Bolling pour leur soutien. Un dernier

« coup de chapeau » à Pierre Luzy qui a enregistré

et mixé tout ce travail de main de maître.

PATRICK ARTERO: Trompette, bugle

DON VAPPIE: Guitares, banjo, chant

EMMANUEL DUPREY: Piano, Fender Rhodes, orgue

MARK BROOKS: Contrebasse
TROY DAVIS: Batterie

ARNOLD MOUEZA: Percussions

ARTERO VAUDOO - Répétition

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